
À l’occasion de cette nouvelle édition du Mennecy Metal Fest, nous avons eu l’opportunité de rencontrer Jean-Philippe Dugoin-Clément, maire de Mennecy, pour échanger autour du festival, son histoire depuis sa première édition en 2012 et de sa place dans la vie de la commune.
Depuis sa création, le Mennecy Metal Fest a progressivement trouvé sa place dans le paysage culturel de la ville. Né de la volonté de faire de Mennecy un véritable marqueur culturel, le festival a évolué au fil des années tout en conservant une ambition : proposer un rendez-vous metal à taille humaine, accessible et ancré dans la vie locale.
De la place du metal dans la commune à l’implication des équipes municipales et des bénévoles, en passant par les évolutions possibles du festival, son financement et la volonté de préserver son identité, le maire nous livre également quelques anecdotes sur les groupes qui ont marqué son parcours de festivalier… et ceux qu’il aimerait encore voir fouler la scène du Mennecy Metal Fest.
Bonjour Monsieur le Maire, merci de m’accorder cette interview.
Pour commencer cette interview, j’aimerai qu’on revienne rapidement aux origines du festival, comment vous est-il venu cette idée de créer un festival de metal dans votre ville ?
J’ai été élu maire en 2011 et je voulais déjà pousser la culture sur la ville et avoir un événement qui soit un réel marqueur en termes de qualification d’une commune.
On met en place beaucoup de choses autour de la culture toute l’année
Ce n’est pas forcément des choses qui transpirent en dehors de la commune ou de la territorialité. Il y a le conservatoire à côté avec 800 élèves, on a pas mal d’interventions de théâtre, de musique dans les écoles, on a une saison culturelle assez riche. On a beaucoup de choses comme ça qu’on pousse, mais ça ne crée pas forcément un marqueur. Alors on a continué à le faire un petit peu avec la reconstruction du théâtre, qui a une très grosse saison et ça fait partie du secteur où il y a une programmation qui vit. Mais je voulais marquer la commune sur quelque chose.
Quand on vous dit Angoulême, vous avez une association avec la bande dessinée. Quand on vous dit Gérardmer, si vous n’êtes pas Vosgien, ce n’est pas forcément la commune qui va vous parler, mais à Gérardmer il y a son Festival. Le Festival international du film fantastique,
comme pour Avoriaz si vous enlevez le volet station ski.
Ce sont des choses qui, pour moi, permettent de qualifier positivement un territoire, j’avais ce souhait là !
C’est aussi une partie d’un constat. En termes de festival sur le secteur à l’époque, il y avait quelques gros festivals généralistes. Une commune de 16 000 habitants n’a de toute façon pas les moyens de porter, en termes de reins financiers, un aussi gros festival. À l’époque, il y avait encore les Effervessonnes, et puis ceux qui ont arrêté et qui ont redémarré quelques années après. Il y avait aussi le Montereau Confluences. Le jazz manouche [ndlr : Le Festival Django Reinhardt] était déjà pris à Samois-sur-Seine, et est maintenant à Fontainebleau. Donc, c’est quelque chose qui n’existait pas dans le secteur. Après, j’avais un goût et une appétence particulière, mais
vous ne faites pas non plus les choses uniquement pour vous
Il y avait déjà eu un équivalent dans le secteur, on l’aurait peut-être pas fait parce que ça n’aurait pas eu de sens. Bon après vous n’êtes pas des publics particulièrement à risque, ce qui est aussi, quand vous êtes collectivité locale, quelque chose qui est important. Quand vous avez un rassemblement de personnes, vous avez toujours une part de responsabilité.
On a fait une première édition, enfin une sorte de préquelle en 2012.
C’est parti un petit peu comme ça. On a fait ça avec Ocean et Vulcain dans le théâtre.
la première vraie édition en 2013 en extérieur avec Kreator et Mass Hysteria
Puis on a eu . Et puis ensuite ça a bougé, ça a évolué au fur et à mesure des années et des moyens budgétaires de la ville. On a failli le couper en 2014-2015, quand il y a eu les très gros serrages de dotation sur les collectivités. On l’a maintenu [ndlr : l’édition de 2015 s’est déroulée sur une journée] mais en le réduisant et en le rapatriant en intérieur. Il y avait entre un à trois soirs sur nos périodes. Là ça doit faire 7-8 ans qu’on est à peu près sur ce format de trois jours en extérieur, en utilisant les périmètres des orangeries et qui objectivement est très sympa parce que ça donne un espace un peu cosy.



Est-ce que vous avez eu des réticences au départ ?
Pas de la part de mes équipes municipales en tout cas. Pour le coup ils m’ont toujours suivi, ce qui doit être l’avantage d’être un maire dictateur ou particulièrement persuasif selon comment on prend la chose.
C’est devenu un enjeu politique pour mes oppositions qui en font un très mauvais combat, mais bon, c’est comme ça.
On ne va pas obliger les gens à être responsables ou intelligents. Mais au niveau local c’est assez bien vécu. Il y aura toujours des gens qui feront des réclamations parce que, selon le sens du vent, on entend un peu dans les pavillons. C’est aussi trois jours où le stationnement est plus compliqué dans la périmétrie du parc, mais je serai tenté de dire que, quand on fait le 14 juillet jusqu’à minuit, c’est d’autres riverains qui sont impactés ; quand vous avez la fête foraine pendant 10 jours, vous avez du bruit et ce sont d’autres riverains qui sont impactés ; quand vous avez la braderie deux fois par an, vous paralyser totalement. Chaque manifestation génère son lot de désagréments collatéraux. Et c’est quelque chose au niveau de la population qui est globalement bien admis et ça a permis aussi de casser un peu l’image extérieure.
Justement c’était ma prochaine question. Est-ce que vous pensez que le Mennecy Metal Fest a contribué à changer le regard porté sur le metal ?
Pour le coup oui. Parce que ça fait maintenant bientôt 15 ans que le [Mennecy Metal Fest] se tient et il n’y a jamais eu d’incident, ni de problème donc pour des gens qui ne connaissent absolument pas et qui sont d’un autre monde, d’une autre culture musicale, c’est rassurant. Les gens ont l’habitude de voir les installations quand ils viennent à la médiathèque, ici, en semaine. Ils voient les scènes qui se montent. Certains, qui ont des amis, des enfants, des petits-enfants, des parents, viennent au festival. Et puis ça fait aussi un peu tourner de manière différente pendant quelques jours l’économie locale. Donc y compris les gens qui ne s’y intéressent pas, ils voient leurs commerçants qui vont pendant trois jours profiter des retombées, comme la boucherie qui va vendre des saucisses et des merguez ou encore la boulangerie où il y aura un plus gros volume de commandes, avec des festivaliers qui peuvent consommer un peu en ville. Même chose sur les personnes qui louent des Airbnb ou sur l’hôtellerie. Donc tout ça, ça fait quand même un écosystème qui tourne. Et si je prends les premières années, on avait la préfecture qui était terrifiée et on avait une surdisposition des contrôles de sécurité gendarmerie. Qu’il y ait un peu d’alcootests à la sortie, honnêtement, moi je préfère, plutôt que d’avoir trois morts un jour dans une bagnole en partant du festival parce que ça s’est trop chargé et ça a pas fait gaffe. Mais il y avait quand même un peu une trouille qui n’existe plus aujourd’hui.
On parle beaucoup des groupes et de la programmation, mais un festival repose aussi énormément sur les bénévoles, les associations et les équipes municipales. Quelle place occupent-ils dans le Mennecy Metal Fest ?
Il y a une très grosse implication des équipes municipales toute l’année pour arriver à porter le festival avec pour le coup des gens qui sont des passionnés. J’ai la chance d’avoir sur le culturel, sur le CTM [ndlr : Centre Technique Municipal] des équipes des services techniques, des gens qui sont présents. Tout l’espace chill à l’entrée, c’est le CTM qui l’a fait sur du matériel de récupération. Ils ont lancé l’idée l’année dernière, ont pris le truc en charge, sont allés trouver des tourets [ndlr : tourets de câbles pour utiliser en table], des plaques de bois à récupérer. Ils se sont totalement emparés du sujet et ont bossé dessus un peu toute l’année. On a quand même cette chance là d’avoir des gens dans les services qui n’ont rien à voir et qui ont bossé pendant trois jours sur le fest. On a vraiment une équipe qui est super motivée, donc c’est un groupe qui aide et qui porte.
Et puis on a une grosse équipe de bénévoles qu’on retrouve un peu tous les ans. Pour le coup, cette année, il y en a pas mal qui avaient des empêchements ponctuels, mais on a un taux de retour bénévole assez important. Certains sont là quasiment depuis le début, d’autres depuis 7-8 ans. Et comme pour les festivaliers, il y a un gros coup de retour parce qu’en fait, on est dans quelque chose qui est totalement sûr, où il y a une bonne ambiance qui reste à taille humaine et un peu familiale. Y compris sur les prestataires. Beaucoup de techniciens reviennent. Donc c’est aussi marrant de se retrouver chaque année.
Quel est votre meilleur souvenir depuis la création du festival ?
Bah ça sera le prochain.
Ah oui ?
Oui parce que le plus beau est toujours devant.
D’ailleurs ce sera la 15e année l’année prochaine.
Oui alors je ne sais plus comment on compte et puis en plus avec l’année d’annulation dû au Covid … parce qu’on en a pas eu en 2020, mais ça ferait 2012, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27. Ce sera le 15e depuis 2012.
Est-ce qu’il va y avoir quelque chose de particulier pour fêter ça ?
On verra si on souffle des bougies en attendant les 20 ans.
Au fil des éditions, avez-vous découvert des groupes que vous n’auriez jamais écoutés avant ?
Jamais écouté non parce que pour le coup j’écoute de tout.
Après il y a des trucs que je préfère à d’autres. J’écoute également de la musique classique; hormis ce qui est très plat, un peu souple, qui m’emmerde en général, mais je peux écouter du rap, de la chanson française, enfin ça ne me pose aucun problème. Et en metal, c’est la même chose, je vais écouter un peu de tout. Il y a des trucs que j’accroche plus que d’autres. Par contre j’ai découvert des groupes oui. Des groupes, que je ne connaissais pas avant les festivals. LocoMuerte par exemple, que je ne connaissais pas et qui est passé hier. Qui pour moi est un groupe de scènes assez énorme.
Voilà et puis qui a grandi aussi avec le festival. Akiavel aussi, un groupe que j’aime beaucoup, dans un autre registre et qui sont des amours. Il y a des groupes comme ça. Je trouve que c’est un peu une continuité avec le festival.
Est-ce qu’il y a encore des choses que vous aimeriez développer ou améliorer dans le festival ?
Plein. Le problème c’est le temps, les moyens et l’équilibrage économique. Il y a plein de choses oui. Un peu plus sur le merchandising, un peu plus sur les aspects encore de sensibilisation et prévention diverses et variées.
J’aimerais qu’on arrive à pousser encore plus sur les croisements ou les crossovers culturels avec la ville locale.
Quand on a parlé un peu de casser les silos, hier on a eu un truc génial. Quand j’ai l’ensemble local des chœurs de Villeroy où j’ai 23 choristes avec la chef de chœur qui monte sur scène avec Tagada Jones c’est un truc qui est assez génial. Parce que c’est pas le même univers culturel, c’est pas la même génération. Je pense qu’il y en a pas un qui connaissait Tagada Jones et ça a été un truc absolument génial et la vous cassez les silos et vous accrochez les choses. J’aimerai qu’on essaye de pousser un peu sur ce volet là. Arriver à avoir des croisements avec la vie locale, parce que c’est c’est aussi casser les préjugés.
Les festivals de metal sont assez nombreux en France. Qu’est-ce qui va permettre au Mennecy Metal Fest de continuer à se démarquer ?
Je pense qu’on est vraiment un festival à taille humaine et familiale.
t familiale. On est dans un site que je ne veux pas changer, parce que je pense que c’est ce qui fait son ADN. On ne fera jamais 8000 personnes sur une journée et encore moins 20 ou 30 000 et même si j’adore et que je suis fan absolue et que quand j’étais ado, c’était des dieux vivants, on n’aura jamais Maiden ou Metallica, ou alors quand ils auront 85 ans et qu’ils auront été oubliés et que ça passera pour les gros has been parce que …on est sur un petit festival, on peut avoir une jauge, on va dire, hier on devait avoir un peu plus de 3000 personnes sur le site en instant T, et on peut grossir encore un peu. Mais pas fondamentalement parce qu’on ne peut pas pousser les murs et qu’en fait, c’est cet espace qui est sympa.
Je veux vraiment qu’on continue à le faire vivre, à le faire grossir un peu en fréquentation parce que c’est notre équilibre économique, ou notre limitation de déficit économique, on va dire ça comme ça, qu’on l’améliore encore en qualité sur des à côté, sur la qualité festivalier.
Je veux pas que ça devienne une usine.
Par exemple, vous avez des spectacles ou des artistes en musique actuelle ou en stand-up. Vous allez les voir dans des stades ou à Bercy, parce qu’il n’y a pas d’autre choix que d’aller les voir là. Mais c’est quand même plus agréable de voir un artiste à l’Olympia ou à l’Élysée Montmartre qu’à l’U Arena. Le ressenti n’est pas le même. Quand vous avez des artistes de stand-up qui vous font un Bercy ou un stade de France, c’est bien pour l’égo, ils font un plus gros cachet d’un coup, mais l’expérience spectateur c’est une merde. Et en fait moi je considère que des petites jauges, des petites salles, il n’y a pas le même équilibrage économique.
Il y a des groupes que vous ne ferez jamais venir ici parce qu’ils font des tournées de Zenith, voire rien sous des tailles de Bercy, même si vous alignez les cachets. Les mecs ils viennent pas sous une certaine jauge de spectateurs.
Et d’ailleurs, quel groupe aimeriez-vous voir au Mennecy Metal Fest si vous n’aviez pas de restriction ?
Plein de groupes … Alestorme, ça faisait plusieurs années que j’avais vraiment envie de les faire. Dans les groupes que j’aime beaucoup et que j’aimerais bien, il y a Arch Enemy que j’aime vraiment beaucoup. Volbeat aussi, mais un autre genre. C’est des groupes qui peuvent être un peu fourchette haute, un peu fourchette basse selon s’ils sont en tournées, mais qui ne sont pas forcément intouchables. Mais ça fait partie des groupes, que si un jour on les a, je serais assez content. Ah si j’en ai un et ça c’est ma Madeleine de Proust à moi, c’est Obituary. C’est pour moi un de mes groupes ados. Mais on a chacun sa Madeleine de Proust…
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